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  • [Portrait de Signataire] Évrard Guei : Quand le capital social court-circuite l'illusion du tout-recyclage

    C’est à Yopougon, en Côte d'Ivoire, que l’engagement d’Évrard Guei prend racine. Militant écologiste, président de l'association La Terre ne trahit jamais et signataire de l'appel pour la permacomptabilité, Évrard incarne une vision de l'écologie de terrain où la régénération des écosystèmes commence par celle des consciences. Le point de bascule : "La terre ne trahit jamais" L'étincelle n'est pas venue d'un amphithéâtre, mais d'une plantation de cacao à Abongoua. Lors d'une étude de marché, Évrard rencontre un jeune planteur, orphelin, qui a su faire fructifier l'héritage foncier de ses parents avec un soin méticuleux. Ses mots résonnent encore : « Grand frère, la terre ne trahit jamais ». Cette phrase devient une boussole. Elle donne son nom à l'association qu'Évrard fonde il y a trois ans et pose les bases d'une conviction profonde : nous devons chérir la terre pour ne pas en subir les colères. Déconstruire le mirage technologique : L'expérience avant la machine Dans le domaine de la gestion des déchets, Évrard pose un regard lucide qui fait écho aux limites des modèles comptables traditionnels : on ne peut pas tout miser sur la solution technique (le recyclage) en ignorant le comportemental (l'éducation). Pour lui, le terme "recyclage" est souvent utilisé comme un mot rassurant, voire du greenwashing, qui dédouane le citoyen et les industriels de leur responsabilité à la source. Si à la base on ne sait pas trier nos déchets, on ne peut pas parler de recyclage souligne-t-il. Au lieu d'importer des solutions hors-sol, il a notamment mobilisé son capital intellectuel pour co-adapter la "Fresque du plastique" afin qu'elle reflète les réalités de la gestion des déchets en Afrique, créant ainsi la « Fresque près de chez toi ». Générer du capital social à partir de zéro L'une des leçons les plus permacomptables du parcours d'Évrard est sa capacité à activer des ressources non financières. Lors de sa toute première action de mobilisation réunissant une trentaine de personnes, son budget financier était de... 7 000 francs CFA (environ 10 euros). Comment louer une salle, défrayer des panélistes et nourrir les participants ? En activant un immense capital social et relationnel. En osant pousser la porte de la mairie, En sollicitant un député de sa région, En s'appuyant sur la solidarité de son réseau. L'action a primé sur le budget, prouvant que la richesse d'un projet régénératif réside d'abord dans les flux d'entraide et de coopération. Aujourd'hui, les "dividendes" de son association ne se comptent pas en numéraire, mais en transformation vécue : des dizaines de jeunes formés qui créent aujourd'hui leurs propres ONG ou deviennent responsables RSE dans leurs entreprises. En parallèle, l'association innove en formant des jeunes à l'impression 3D pour transformer, localement, les bouteilles plastiques en filaments utiles au quotidien. 📊 La Matrice R10 Express d'Évrard Guei 🌱 Capital Vivant (La source) : Préservation concrète des écosystèmes locaux, des littoraux (plages de Port-Bouët) et des sols via la promotion de la réduction à la source. 💡 Capital Intellectuel (La méthode) : Adaptation conceptuelle d'outils pédagogiques mondiaux aux réalités ivoiriennes (la "Fresque près de chez toi") et transmission de compétences techniques de revalorisation (impression 3D). 🤝 Capital Social (Le maillage) : Capacité à fédérer sans moyens initiaux, structuration d'un réseau de jeunes leaders écologistes, et connexion à l'alliance internationale des récupérateurs. 🧗 Capital Expérientiel (L'incarnation) : Action de terrain auprès des écoles pour faire vivre le tri sélectif aux enfants dès le plus jeune âge, ancrant le changement dans la pratique quotidienne et le vécu. ✍️ Rejoignez le mouvement : Signez l'Appel de la Permacomptabilité ! Le parcours d'Évrard vous inspire ? Vous ressentez, vous aussi, qu'un projet a besoin de bien plus que de capital financier pour prospérer ? Il est temps de changer de boussole et de valoriser l'intelligence collective, la résilience et le vivant. En signant l'Appel de la Permacomptabilité, vous soutenez officiellement le passage vers une économie régénérative et l'intégration de ce modèle sur le blog My DPC. 👉 Cliquez ici pour signer l'Appel et transformer notre vision de la richesse : Ensemble, cultivons de nouveaux indicateurs pour remettre l'économie au service du vivant !

  • Laudato Si’ à l’épreuve du réel : Les promesses de la permacomptabilité pour l’Église de demain

    Auteur : Charles Judes, août 2026 L’encyclique Laudato Si’ a posé, dès 2015 (pour la lire lien ici), un diagnostic d'une grande clairvoyance sur l'état de notre « maison commune ». En nous rappelant avec insistance que « tout est lié », le pape François a lancé un appel vibrant à une écologie intégrale, inséparablement environnementale, économique et sociale. Pourtant, des années plus tard, une question lancinante demeure : comment traduire cette conversion des cœurs en une transformation concrète de nos structures d'évaluation et de gouvernance ? L'Église, forte de son immense patrimoine foncier, spirituel et humain, détient un levier de transformation massif. Mais pour l'activer, elle doit accepter de renouveler sa propre ingénierie de gestion. C’est ici que la permacomptabilité se révèle non pas comme un simple outil technique, mais comme une véritable boussole prophétique. Le laboratoire vivant du Foyer de Charité Pour comprendre la portée de cette approche, il faut observer ce qui se passe sur le terrain. Lors d'un récent séminaire d'accompagnement sur les « Dynamiques Bioinspirées » mené au Foyer de Charité de Roquefort-Côte d'Azur, la puissance d'une approche multi-capitaux a pris tout son sens. Atelier autour de la carte de régénération 8 capitaux Au cœur de cette communauté, l'écologie humaine se vit au quotidien. Le projet pastoral de leur école s'est par exemple recentré sur le bien-être de l'enfant, l'éducation aux émotions et la capacité de chacun à faire fructifier ses talents pour les mettre au service des autres. En travaillant sur la vision de la communauté, un constat magnifique a émergé de leur intelligence collective : leur propre fragilité n'est pas un frein, mais une véritable source de fécondité. C'est en faisant alliance, en osant la synodalité – notamment à travers leur engagement dans Promesses d'Église – que la communauté se redessine comme un « village prophétique ». Face aux défis contemporains, les membres du Foyer ont touché du doigt une vérité libératrice, formulée avec justesse dans leur communication : « Les richesses ne sont pas que des espèces sonnantes et trébuchantes, mais sont en lien avec tous les domaines du vivant ! ». Extrait de la newsletter des Foyers de Charité Roquefort Côte d'Azur Sortir de l'obsession financière : l'urgence d'une nouvelle métrique C'est précisément sur ce point que l'Église est aujourd'hui interpellée. Peut-on prêcher l'écologie intégrale le dimanche et continuer à gérer les deniers du culte, les diocèses et les éco-lieux avec les mêmes outils comptables dégénératifs qui ont conduit à la crise actuelle ? La comptabilité classique, construite autour du seul capital financier, est aveugle aux dynamiques du Vivant. La permacomptabilité propose une réponse structurelle à cette injonction de Laudato Si’. Elle offre un cadre de création de richesse bioinspiré qui évalue et équilibre huit capitaux fondamentaux : Le Vivant (la terre, les écosystèmes, l'eau). Le Matériel (les infrastructures saines, le bâti). L'Intellectuel (la connaissance, l'innovation). Le Social (les liens, la confiance, la gouvernance). L'Expérientiel (le pouvoir d'agir, l'influence, la politique). Le Culturel (les traditions, la vision du monde). Le Monétaire (l'outil d'échange et d'investissement). Le Spirituel (la paix intérieure, l'alignement, le sens). En mesurant l'état de ces multiples richesses, un diocèse, une paroisse ou une congrégation peut enfin voir au-delà du simple bilan financier. Un bilan comptable déséquilibré n'est plus une fatalité si l'on prend conscience que le "capital spirituel" et le "capital vivant" d'un lieu sont en pleine expansion. Les bordures : ouvrir l'Église sur son territoire L'autre grande promesse de la permacomptabilité réside dans la notion permacole de « bordure ». Dans la nature, la lisière entre deux écosystèmes (comme la forêt et la prairie) est la zone la plus riche en biodiversité. Or, les institutions ecclésiales ont trop souvent fonctionné comme des systèmes fermés, séparés de leur bassin de vie. En appliquant le système de zonage aux organisations, la permacomptabilité invite l'Église à repenser ses relations avec ses parties prenantes externes (acteurs locaux, agriculteurs, associations, écoles). C'est dans ces zones d'échange informelles – basées sur le don, la réciprocité et la confiance – que se trouvent les gisements de créativité pour une transition réussie. Organiser des "Permablitz" locaux, mutualiser des terres agricoles, ouvrir les infrastructures, c'est activer ces bordures pour devenir un cœur battant et régénératif au centre d'un territoire. Une invitation à l'audace Le Vivant est inspiré par l’Esprit et offre des modèles d'une beauté et d'une résilience uniques. Il est temps pour l'Église de s'aventurer, avec les gardes-fous d'une matrice multi-capitaux, vers des modèles économiques symbiotiques. La permacomptabilité n'est pas qu'un outil de gestion ; c'est un acte de foi dans notre capacité à administrer la Création avec sagesse. C'est le moyen opérationnel de prouver que notre espérance peut s'incarner dans des structures économiques régénératives, rendant ainsi hommage à l'intelligence de l'œuvre divine. À nous, désormais, de tracer ce chemin. Vous êtes dirigeant d'un collectif ou d'une entreprise, prêtre d'une paroisse, pour aller plus loin, téléchargez notre Master guide :

  • Du chiffre à la sève : Récit d’une réconciliation avec le Vivant

    Auteur : Charles Judes, Juillet 2026 Depuis maintenant 20 années, j’évolue dans le monde des chiffres, de la gestion et de la comptabilité de gestion. Un univers d'équilibres financiers, de bilans, de colonnes d'actifs et de passifs. Mais au fil du temps, une évidence s'est imposée à moi : la comptabilité traditionnelle mesurait la valeur financière, mais elle restait aveugle à ce qui fait la vie même. Elle ignorait le soin apporté à la terre, la richesse des relations humaines, la santé des sols et la dignité des personnes. Face au constat de l'épuisement écologique et de la perte de sens moderne, j'ai voulu agir. J'ai cherché à concevoir des modèles pour régénérer le monde, concilier l'économie et le vivant. C'est ainsi qu'est née ma démarche autour de la Permacomptabilité : appliquer les principes de la permaculture et du génie du vivant à la gestion des organisations, pour mesurer et honorer l'ensemble de nos capitaux — vivants, matériels, intellectuels, culturels, spirituels, financiers, sociaux et expérientiels. Appliqué à mon propre lieu de vie, c'était une quête noble, vibrante... mais elle portait en elle une forme de lourdeur invisible. La tentation du bâtisseur et le poids du monde affluait progressivement vers mon foyer (plus de 1000 personnes accueillies par an au Jardin du Roc…K entre 2021 et 2023). Sans m'en rendre compte, je m'étais chargé d'une responsabilité écrasante, tous les besoins sociaux affluaient. La volonté qui m’était demandée était de "sauver" les humains et les modèles, trouver l'architecture parfaite, réinventer une façon d'habiter le monde. Je courais le risque du surmenage et du complexe du sauveur imposé : j’ai beaucoup réfléchi et remis en question ce salut de la création qui reposait entièrement sur mes frêles épaules d'artisan, faisant par ailleurs courir un risque existentiel à ma famille. Après avoir pris le temps d’un pas de côté en partant voyager à l’autre bout du monde pendant 1 an en 2023, il m'a fallu traverser un chemin d'unification intérieure pour comprendre une vérité plus profonde et plus simple : je ne suis pas le créateur de la vie, j'en suis seulement le gérant. Ce déclic a tout changé. En me délestant du besoin de tout porter, j'ai redécouvert la joie d'être un simple canal. Comme le paysan breton Yvon Nicolazic à Sainte-Anne-d'Auray, qui n'a fait que creuser son champ avec simplicité pour en déterrer une grâce enfouie depuis longtemps, j'ai compris que mon rôle n'était pas d'inventer la lumière, mais d'aider à la révéler là où elle se trouve. Une liturgie du quotidien : Le Bon, le Bien, le Beau Aujourd'hui, mon regard sur mon métier s'est métamorphosé. La Permacomptabilité n'est plus pour moi une idéologie ni une charge morale : c'est un outil d'intendance du vivant. C'est une manière très concrète de poser un acte de vérité et de gratitude sur ce qui nous est confié. Faire un inventaire juste, mesurer les flux avec rigueur, réparer ce que l'on détériore et prendre soin du plus petit, cela devient une forme de liturgie incarnée. Mon approche s'articule désormais autour d'une recherche d'harmonie simple : Le Bon : Prendre soin du sol, de la matière, des ressources concrètes de nos territoires. Le Bien : Honorer le lien humain, la justesse des relations et le partage équitable. Le Beau : Laisser émerger l'inspiration, l'écocréativité et le sens profond de nos actions. Créer dans la liberté et la grâce Cette réconciliation intérieure me permet aujourd'hui d'avancer avec un cœur léger. Mes activités, qu'il s'agisse du design permacomptable, de mes créations artistiques ou de mes engagements locaux en Bretagne ou ailleurs, ne sont plus guidées par la peur du manque ou le devoir de performance, mais par la pure joie de la contribution. Nous n'avons pas besoin de porter le poids du monde pour le transformer. Il nous suffit de poser des gestes ancrés, d'être de bons intendants des ressources qui nous sont données, et d'offrir nos talents au service du bien commun, dans la liberté, l'humilité et la gratitude. Le chantier est vaste, mais lorsque le geste est ajusté, le travail devient une fête.

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