Laudato Si’ à l’épreuve du réel : Les promesses de la permacomptabilité pour l’Église de demain
- Charles Judes
- il y a 3 jours
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Auteur : Charles Judes, août 2026

L’encyclique Laudato Si’ a posé, dès 2015 (pour la lire lien ici), un diagnostic d'une grande clairvoyance sur l'état de notre « maison commune ». En nous rappelant avec insistance que « tout est lié », le pape François a lancé un appel vibrant à une écologie intégrale, inséparablement environnementale, économique et sociale.
Pourtant, des années plus tard, une question lancinante demeure : comment traduire cette conversion des cœurs en une transformation concrète de nos structures d'évaluation et de gouvernance ?
L'Église, forte de son immense patrimoine foncier, spirituel et humain, détient un levier de transformation massif. Mais pour l'activer, elle doit accepter de renouveler sa propre ingénierie de gestion. C’est ici que la permacomptabilité se révèle non pas comme un simple outil technique, mais comme une véritable boussole prophétique.
Le laboratoire vivant du Foyer de Charité
Pour comprendre la portée de cette approche, il faut observer ce qui se passe sur le terrain. Lors d'un récent séminaire d'accompagnement sur les « Dynamiques Bioinspirées » mené au Foyer de Charité de Roquefort-Côte d'Azur, la puissance d'une approche multi-capitaux a pris tout son sens.

Atelier autour de la carte de régénération 8 capitaux
Au cœur de cette communauté, l'écologie humaine se vit au quotidien. Le projet pastoral de leur école s'est par exemple recentré sur le bien-être de l'enfant, l'éducation aux émotions et la capacité de chacun à faire fructifier ses talents pour les mettre au service des autres. En travaillant sur la vision de la communauté, un constat magnifique a émergé de leur intelligence collective : leur propre fragilité n'est pas un frein, mais une véritable source de fécondité. C'est en faisant alliance, en osant la synodalité – notamment à travers leur engagement dans Promesses d'Église – que la communauté se redessine comme un « village prophétique ».
Face aux défis contemporains, les membres du Foyer ont touché du doigt une vérité libératrice, formulée avec justesse dans leur communication : « Les richesses ne sont pas que des espèces sonnantes et trébuchantes, mais sont en lien avec tous les domaines du vivant ! ».


Extrait de la newsletter des Foyers de Charité Roquefort Côte d'Azur
Sortir de l'obsession financière : l'urgence d'une nouvelle métrique
C'est précisément sur ce point que l'Église est aujourd'hui interpellée. Peut-on prêcher l'écologie intégrale le dimanche et continuer à gérer les deniers du culte, les diocèses et les éco-lieux avec les mêmes outils comptables dégénératifs qui ont conduit à la crise actuelle ? La comptabilité classique, construite autour du seul capital financier, est aveugle aux dynamiques du Vivant.
La permacomptabilité propose une réponse structurelle à cette injonction de Laudato Si’. Elle offre un cadre de création de richesse bioinspiré qui évalue et équilibre huit capitaux fondamentaux :
Le Vivant (la terre, les écosystèmes, l'eau).
Le Matériel (les infrastructures saines, le bâti).
L'Intellectuel (la connaissance, l'innovation).
Le Social (les liens, la confiance, la gouvernance).
L'Expérientiel (le pouvoir d'agir, l'influence, la politique).
Le Culturel (les traditions, la vision du monde).
Le Monétaire (l'outil d'échange et d'investissement).
Le Spirituel (la paix intérieure, l'alignement, le sens).
En mesurant l'état de ces multiples richesses, un diocèse, une paroisse ou une congrégation peut enfin voir au-delà du simple bilan financier. Un bilan comptable déséquilibré n'est plus une fatalité si l'on prend conscience que le "capital spirituel" et le "capital vivant" d'un lieu sont en pleine expansion.
Les bordures : ouvrir l'Église sur son territoire
L'autre grande promesse de la permacomptabilité réside dans la notion permacole de « bordure ». Dans la nature, la lisière entre deux écosystèmes (comme la forêt et la prairie) est la zone la plus riche en biodiversité. Or, les institutions ecclésiales ont trop souvent fonctionné comme des systèmes fermés, séparés de leur bassin de vie.

En appliquant le système de zonage aux organisations, la permacomptabilité invite l'Église à repenser ses relations avec ses parties prenantes externes (acteurs locaux, agriculteurs, associations, écoles). C'est dans ces zones d'échange informelles – basées sur le don, la réciprocité et la confiance – que se trouvent les gisements de créativité pour une transition réussie. Organiser des "Permablitz" locaux, mutualiser des terres agricoles, ouvrir les infrastructures, c'est activer ces bordures pour devenir un cœur battant et régénératif au centre d'un territoire.
Une invitation à l'audace
Le Vivant est inspiré par l’Esprit et offre des modèles d'une beauté et d'une résilience uniques. Il est temps pour l'Église de s'aventurer, avec les gardes-fous d'une matrice multi-capitaux, vers des modèles économiques symbiotiques.

La permacomptabilité n'est pas qu'un outil de gestion ; c'est un acte de foi dans notre capacité à administrer la Création avec sagesse. C'est le moyen opérationnel de prouver que notre espérance peut s'incarner dans des structures économiques régénératives, rendant ainsi hommage à l'intelligence de l'œuvre divine.
À nous, désormais, de tracer ce chemin.
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