20 ans de La Fabrique du Futur : Quand la Prospective rencontre la Permaentreprise et la Permacomptabilité
- Charles Judes
- il y a 5 jours
- 4 min de lecture
Auteur : Charles Judes
Juillet 2026

L'Assemblée Générale de La Fabrique du Futur (FDF), qui célébrait cette année deux décennies d'exploration et d'engagement, a marqué un tournant stratégique majeur dans la manière d'appréhender les modèles économiques de demain. Invité à y participer en tant que « chercheur isolé mais connecté », j'ai eu le plaisir de voir cet écosystème s'unir autour d'une vision commune, mais aussi de tracer une passerelle concrète entre la prospective conceptuelle et les outils opérationnels de la comptabilité régénérative.
Entamant ma troisième année en tant qu'administrateur de ce réseau, ma mission au sein de la gouvernance se renforce : continuer à déployer et à ancrer la permacomptabilité au cœur de cet écosystème pour donner aux « Fabricants du Futur » les outils indispensables au pilotage de leur transition réelle.

1. La Boussole des "Futurs 4D" : Un cap partagé pour l'émergence
La présentation des orientations stratégiques de la FDF a mis en lumière une ambition claire : passer de la prospective pure à l’émergence concrète de futurs désirables. Pour naviguer dans la complexité actuelle (crises systémiques, ruptures géopolitiques, essor de l'IA), l'organisation a choisi de croiser plusieurs disciplines clés — la prospective, l'intelligence collective, l'innovation et les Living Labs.
Pour guider ses actions, l'écosystème s'appuie désormais sur une boussole rigoureuse structurée autour de quatre piliers :
Discernables : Porter un regard lucide et décodé sur le monde pour redonner du sens.
Durables : Concevoir des modèles qui respectent les limites planétaires et préservent le vivant.
Disruptifs : Oser casser les codes et dépasser les cadres managériaux établis.
Désirables : Créer un horizon enthousiasmant, car la transition doit être un élan collectif et non une contrainte.
Ce cadre conceptuel résonne intensément avec le modèle de la permaentreprise imaginé par Sylvain Breuzard, dirigeant de la société Norsys, qui nous accueillait dans ses locaux pour cet événement. Inspiré directement de la permaculture, ce modèle démontre qu'une structure peut prospérer durablement en se fixant des limites, en redistribuant ses surplus, et en prenant soin des humains et de la planète.

Les indicateurs concrets partagés lors des échanges — notamment un turn-over divisé par trois et un absentéisme drastiquement réduit par rapport aux moyennes du secteur — prouvent de manière pragmatique que l'éthique et la résilience systémique protègent et pérennisent le capital économique.
2. Le chaînon manquant : Piloter la régénération par la Permacomptabilité
Si la FDF excelle dans l'art de faire vivre sa spirale d'apprentissage (un flux continu consistant à Relier les acteurs, Expérimenter sur le terrain, Apprendre des retours, Transmettre les savoirs et Amplifier l'impact), un défi de taille subsiste pour les organisations du réseau : comment mesurer et piloter sincèrement cette valeur non financière ? La RSE traditionnelle ayant largement montré ses limites normatives et superficielles, il devient urgent de changer d'indicateurs de trajectoire.
C'est précisément ici que se structure ma contribution au sein du conseil d'administration de La Fabrique du Futur. En y déployant la permacomptabilité, l'objectif est de fournir un cadre comptable holistique et multi-capital, capable d'évaluer, de valoriser et de préserver les dimensions humaines, naturelles et sociétales de la richesse.

Pour qu'un projet ou une entreprise soit reconnu comme fondamentalement "Durable" ou "Désirable" selon la boussole de la FDF, il doit pouvoir s'appuyer sur un système d'information rigoureux. La permacomptabilité permet de dépasser la seule logique des flux financiers pour comptabiliser activement la régénération ou l'épuisement des écosystèmes et des collectifs humains.
3. Les lisières de l'innovation : Les grands chantiers de la mandature
La feuille de route de la FDF s’articule autour de 5 leviers stratégiques majeurs pour agir au présent : la prospective, les alliances, l'innovation terrain, la littératie des futurs et l'influence auprès des décideurs. Ces axes se traduisent déjà par des chantiers opérationnels d'envergure, allant du projet d'exploration des océans (ORYSS) à la création d'une Chaire dédiée à la formation des futurs catalyseurs de changement.
C'est dans l'usage de ce que la permaculture appelle les "bordures" ou les "lisières" — ces zones de contact ultra-riches en biodiversité situées à l'intersection de deux milieux — que l'innovation de rupture va se situer. En croisant les expertises des chercheurs, la sensibilité des artistes, les besoins des citoyens et la rigueur des gestionnaires, nous sortons des silos pour co-construire des modèles économiques authentiquement régénératifs.
4. Cap sur la rentrée : Agir ensemble au présent
L’animation de cet écosystème est rythmée par un agenda précis de rendez-vous pour les mois à venir, autant d'opportunités d'expérimenter ces modèles :
2 septembre : Get Together c/o HEC Alumni
15 septembre : Agora du Futur avec Isabel Marcos
30 septembre : Atelier ENoLL avec Paméla Magotte
6 octobre : Agora du Futur avec Jean-Eric Aubert
Novembre (date à fixer) : Grand Prix du Futur
3 décembre : Innovation Ecosystems Agora c/o EDC
L’appel est lancé à toutes les organisations, chercheurs, entrepreneurs et esprits libres : le futur ne se devine pas, il se conçoit et se pilote au présent. En rejoignant l'association, en vous affiliant à la marque collective ou en visant le label "Fabricants du Futur", vous intégrez un laboratoire d'expérimentation vivant où les outils de gestion et la gouvernance se mettent enfin au service du vivant.
En savoir plus sur la FDF : https://www.lafabriquedufutur.global
Et pour aller plus loin : https://padlet.com/contact6249/le-laboratoire-de-l-economie-regenerative-nqjdslsaf1pbp0q8
_edited.jpg)



Commentaires